Quand un coyote croise une marque

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Quand un coyote croise une marque

Message par Kelora le Lun 29 Aoû - 20:19

13 Ganis.
La jeune capitaine de milice revenait du travail, le pas lourd. Elle se tenait droite, car son armure bleue nuit l'y obligeait, mais sur ses épaules on sentait le poids de l'accablement, le poids des morts, le poids de tout le sang versé.
Il lui semblait, parfois, qu'un jour son esprit ne supporterait pas une mort supplémentaire, un autre massacre. Mais inlassablement, les horreurs demeuraient et son esprit continuait de supporter cela, l'idée de la folie lui apparaissait comme de plus en plus tentante, l'idée s'enrobait d'une fine couche de caramel et devenait aussi alléchante qu'une oasis en plein désert. Mais elle ne pouvait s'y résoudre, il fallait lutter pour continuer de défendre le bien, et elle comprenait à présent les mots que sa mère lui avait écrit.
« […] Je dois te dire, Ninelle, que protéger les valeurs de nos Dieux, de Donblas, d'Aariba est quelque chose de difficile. Chaque jour, nous avons le choix, et à chaque fois que la question se pose c'est la décision que nous prenons qui fait de nous une bonne ou une mauvaise personne. A chaque fois que le mal vient t'apâter avec des propositions alléchantes, à chaque fois qu'il se présente avec le chemin de la fatalité il faut résister. Peut-être qu'un jour s'imposera à toi le choix de la richesse, de la puissance, du pouvoir et tant d'autres choses. Mais n'oublie pas que le prix à payer est coûteux et que chaque chose se paye. Le bien m'a rendue malheureuse, souvent, lorsque j'ai dû me séparer de mon véritable amour, quand j'ai été torturée, aigrie, toutes ces choses. Les cauchemars s'enchaînaient. Mais, Ninelle, je ne le regrette pas. J'ai à présent 53 ans, je mourrai bientôt au front contre Norgul. Bientôt, je saurai si le sacrifice que j'ai fait vallait le coup. Je ne te cache rien, je n'essaye pas de te faire rejoindre le bien, ma fille, je te présente les choses sous l'aspect que je les observe. Parce que j'ai toujours voulu te laisser le choix, même ici, tu l'as encore. [...] »
En repensant à cette lettre, à cette femme qui était sa mère biologique, Ninelle sentait toujours son cœur se serrer et sa gorge se nouer. Elle regrettait tant de ne pas avoir été élevée par sa mère, la décision de cette dernière de lui donner le choix était stupide. Parce qu'elle faisait le bien à son instar.
Quelque chose d'invisible vint la frapper avec la puissance d'un bloc de roche, elle tomba au sol, sur le postérieur et le noir se fit.

Elle cligna péniblement des yeux, ceux-ci s'adaptant à la lumière. Un grand soleil venait caresser sa peau, l'herbe verte venait chatouiller ses pieds nus. Ce fut cela qui la fit tiquer : elle ne marchait jamais pieds nus. Une fois cette pensée formulée elle remarqua sa tenue qui se constituait essentiellement d'un curieux mélange de dentelle et de soie. Elle sentit un sourcil se hausser. Devant elle se tenait une femme installée à l'épaisse chevelure blonde, et aux courbes voluptueuses. Celle-ci se coiffait face à sa coiffeuse, brossant sa chevelure avec une brosse en cuivre.
Ninelle reconnut aisément Erika Svanhilde, Impératrice de l'Ordre. Mais cela n'expliqua en rien le fait qu'elle se retrouve ici.
- Je dois avouer que je n'étais pas certaine de la manière dont tu t'habillais, lâcha l'Impératrice, je me suis trompée, cela ne fait aucun doute.
La jeune capitaine hocha vaguement la tête.
- Bien, l'Impératrice se tourna sur son fauteuil et lui fit face, les vêtements de la capitaine changèrent du tout au tout, se retrouvant en un simple pantalon de lin et une chemise légère, voilà qui est bien mieux.
L'inquiétude enflait peu à peu dans le cœur de Ninelle, elle se demandait vraiment ce qu'il pouvait se passer pour que la Dvani lui parle en rêves.
- Que me voulez-vous ?, lâcha-t-elle finalement, d'une voix ferme.
La Dvani se leva, tranquillement, et s'avança vers la jeune femme, elle lui tendit la main, délicatement. Sa main avait un teint porcelaine, et était ornée d'une bague de fiançailles en ébène torsadée avec des petits saphirs et de quelques bracelets en argent, signe de richesse. Sa peau semblait si douce. La capitaine prit sa main, et l'Impératrice l'aida à se relever. Un doux sourire vint éclairer le visage de Svanhilde. Délicatement son autre main vint se poser en couple sur la mâchoire de Ninelle. Et, cette dernière sentit dans l'air le parfum de sa mère adoptives qu'elle n'avait plus vu depuis plusieurs années, elle sentit son cœur s'alléger de tous les maux que le métier de capitaine de la milice avait façonné. Un bien-être s'empara d'elle, un bien-être sans pareil. Elle leva la tête vers la Dvani qui lui souriait d'un air doux. Son visage s'approcha du sien et elle l'embrassa.
- Me quitteras-tu, Ninelle ?, murmura-t-elle,
- Non, jamais.
Et une odeur de canelle se fit de plus en plus suffocante, quelque chose vint la marquer, comme une épaisse brûlure au niveau de l'arrière de son crâne. Elle voulut hurler, mais elle ne le pouvait, elle sentait chaque tracé de l'arabesque de Svanhilde la marquer.
Pourtant, au milieu de tout cela, jaillit un coyote gigantesque, qui avait la taille d'un âne de la prairie sur la Dvani.
La blonde tomba à la renverse sous le poids du coyote, celui-ci grogna violemment puis la Dvani, sa coiffeuse, et sa brosse disparurent. Ne demeurèrent là que la jeune capitaine rousse, le coyote gigantesque et la marque brûlante inachevée à l'arrière de sa tête.
Le coyote s'avança lentement vers elle, penchant son museau vers la jeune femme qui était tombée à genoux, secouée de sanglots, car au plus profond de son être, elle savait.
Elle savait que cette marque lui aurait fait perdre tout libre arbitre, que cette marque aurait marqué la fin de sa propre identité, et que ce coyote gigantesque l'avait sauvé.
Son museau était fin, roux sur le dessus, blanc en-dessous, ses beaux yeux étaient d'un doré profond, sa fourrure semblait incroyablement douce. Il s'assit, face à elle, et commença à parler.
- Bonjour, Ninelle. Je suis Coyote.
La capitaine retint un haussement de sourcil, c'était tellement basique comme approche.
- J'aurais pu commencer sur les chapeaux de roues, mais je me suis dit que tu en avais assez bavé pour aujourd'hui tout du moins, lâcha-t-il.
- J'te l'fais pas dire, marmonna-t-elle.
Il eut un sourire de coyote et changea lentement.
Ses poils migrèrent tous vers ses cheveux, son museau rapetissit jusqu'à se coller à son visage et devenir un nez humain. Le coyote se fondait dans l'humain.
C'était un bel homme, sa peau était foncée, ses cheveux auburn, tressés dans son dos et retenus par des dizaines de perles d'une myriade de couleurs différentes. Ses yeux étaient noirs. Il était cependant très grand, un mètre quatre-vingt.
- Euh...
- Je vais commencer à regretter de t'avoir sauvé si tu me marmonnes de euuuuh comme ça.
- T'as pas fait ça par bonté d'âme ?
Un sourire vint éclairer son visage, un sourire qui ressemblait à une grimace railleuse.
- C'était un peu de ma faute. Je pouvais pas te laisser te faire manger par la sorcière de l'Ouest.
- Ta faute ?
Il garda le silence, haussant les sourcils.
- Mais à présent que je suis venu, tu vas sans doute enfin récupérer ce qui t'étais dû. Lulielle avait eu définitivement besoin de mon aide beaucoup plus tôt.
L'incompréhension se dépeignait sur les traits de la rousse.
- Cette tête que tu tires, c'est tellement toi.
Il rit et disparu, dissipant mon rêve.
Je m'éveillai sur mon lit, expirant lentement. Je n'eus pas le temps de me demander qui m'avait déplacée là que quelque chose se dévérouilla en moi, péniblement, comme un poing atrophié d'avoir été trop longtemps fermé. Ma part sombre n'eut pas le temps de lâcher un quelconque commentaire que je découvris enfin la possibilité de Changer.
Peu à peu mon corps humain se fondit en un corps de coyote. J'avais une taille de coyote normale. Mais l'héritage de ma mère revenait inlassablement me hanter.

Kelora
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