Maître Sgurz

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Maître Sgurz

Message par Le Charade le Dim 5 Fév - 17:40

Nous sommes le 5 d’Asiris, le jour du Repos selon le calendrier. Pour les serviteurs de Dranigba, sans doute. Mais pas pour moi, j’ai passé la journée à arpenter les bas quartiers de Proncilia à la recherche d’informations, en tentant par tous les moyens de ne pas me faire sauvagement assassiner par des voyous qui auraient eu l’œil nécessaire pour me démasquer.

Ce ganis était un jour de congé, mais le Mal ne se repose pas. Alors je devais le traquer jusque dans les moindres recoins. Et tout ça me permettait de me changer les idées, d’oublier. Oublier que j’avais laissé en liberté un monstre, un bourreau : J’avais laissé partir Shivas.

Je venais apporter les nouvelles de mes dernières investigations à Ninelle, jusqu’à croiser le visage livide de la créature. Une innocence, une blancheur immaculée qui cachait en réalité d’horribles méfaits. Shivas était l’apprentie de Charade de Mirak, le Tyran d’Harroka. Elle avait exécutée nombre d’individus en son nom, et quand Ninelle me la présenta en ces termes, je cru mourir : « Myaouh, je te présente ma fille, Talie. »

Impossible. La petite fille d’il y a 10 ans, aveugle, apeurée et traumatisée par les lycans, qui avait semé un véritable carnage à l’avant-poste des hommes-loups se tenait alors devant moi. A l’époque, elle avait été enlevée par Sournois, et j’avais alors apporté mon aide à la capitaine d’Abheleim pour la retrouver. Talie avait d’ailleurs manqué de peu de se faire tuer par un homme-loup au pelage blanc, nommé Wolf.
Une seule et unique pensée traversa alors mon esprit. Ce Wolf aurait dû le faire. Il aurait dû la tuer. Jamais elle n’aurait pu causer tant de mal aux miens, Shivas n’aurait jamais existé !

La conversation avec Ninelle fut particulièrement houleuse, mais je fini par me résoudre à ne pas arrêter cette créature. Elle est la fille de la personne qui m’avait permis d’avoir cette vie durant dix ans. Je lui devais bien ça, cette fois ci, au moins.

Shivas se rapprocha alors dangereusement de moi, je m’emparai du pommeau de mon arme, prêt à la mettre en joue pour me défendre. Et là…Une chose impensable se produisit, le bourreau d’Harroka me tint la patte, et dégaina pour moi, glissant ma lame sous sa propre gorge et me demandant de la libérer. Ma patte trembla. Je n’avais jamais ôté la vie. Jamais.
Elle ne tremblait pas, car j’avais peur de tuer. Non. Ma patte trembla car mon esprit me poussa à le faire. Je devais libérer le monde de cette engeance. Elle n’avait plus rien d’humain, c’était un monstre. Mais je ne pus m’y résoudre.

J’étais Inspecteur. Pas Juge. Je ne la tuerais pas, et surtout pas devant Ninelle.
J’expliquais mon geste à l’engeance, « Je ne te tuerais pas, ce serait trop facile, tu dois te racheter. » Mais en réalité, je n’en pensais pas un traitre mot. On ne rachète pas la vie. Elle devait mourir, pour ses crimes. Mais pas de ma main.

Notre conversation tumultueuse reprit avec mon ancienne bienfaitrice, jusqu’à mon départ. Elle me fit prendre la mesure d’une chose que je savais déjà depuis bien trop longtemps, mais que je me cachais depuis des années : L’Ordre ne représentait pas le Bien. Il ne représentait pas la Justice.

Cette raison me pousse alors à faire cavalier seul pour retrouver l’auteur du meurtre des Sgurzs, j’en suis persuadé, ils ne sont pas tous morts. Il est l’un d’entre eux, je ne sais pas qui, mais il en fait partit, il doit s’expliquer, et doit payer pour tous ses crimes commis par le passé. Car tuer les Sgurzs ne rachète pas les autres vies prisent.

J’étais donc partit très tôt, j’avais enfilé une cape, m’étais quelque peu déguisé et j’avais arpenté les quartiers mal famés de Proncilia, j’avais appris de nombreuses choses sur les Sgurzs, mais rien qui ne m’aurait permis de savoir qui les avait tué. L’ancien dirigeant de Trigorn, Rochenoire, celui qui se disait «  Vrai Paladin de Donblas » aurait lutté contre les Sgurzs, moi qui le pensait mort, il s’était montré discret pendant des années mais avait continué son combat il faut croire. Ca ne ressemblait pourtant pas aux pratiques d’un serviteur de Donblas, je note néanmoins son nom dans mon carnet, il faut que je pense à l’interroger.

La nuit tombe, je suis désormais à Abheleim, le marché noir ne m’apporte rien de très important. Je continue ma promenade nocturne entre les ruelles sombres, et là, je crois halluciner, une cape presque invisible dans l’obscurité, d’un bleu sombre.
Elle me fait penser à la tenue de celui qu’on appelait autrefois « Maître Sgurz ». C’est ma seule piste, je vais le suivre, et nous verrons. Je n’ai rien à perdre de toute manière.

Son pas est lent, j’entends le bruit d’une canne, il est âgé à n’en pas douter, ça pourrait être l’homme que je recherche.
J’entends des voix, je ralentis. Plusieurs hommes, sont appuyés dans un passage beaucoup plus large,  je n’arrive pas bien à comprendre de quoi il s’agit, des banalités sans doute, je me rapproche et me colle au mur, profitant de l’obscurité pour ne pas me faire repérer, mon suspect poursuit sa route avant d’être interpellé par un individu aux cheveux verts. Oui, verts, je ne crois pas avoir rêvé. Je promène mon regard sur les autres : verts, bleus, blonds, rouges, blancs. Cet étrange arc-en-ciel est bel et bien la couleur de cheveux de chacun de ces étranges individus. Enfin peu importe, écoutons ce qu’il se dit.

« - Alors Papy, on se promène de nuit ? » raille cheveux verts.
« - Encore un vieux pervers qui cherche une pute pour la nuit ! » déclare la touffe blonde.
« - Hey les gars, regardez ! » s’exclame alors tornade bleue à la coupe ridicule en désignant la canne du vieillard.
« - Bordel les mecs, c’est un Sgurz ! » s’étrangle le maigrichon aux cheveux blancs.
« - Non, non, les gars. C’est pas juste un Sgurz » glisse d’un air amusé cheveux verts, avant de reprendre « Nous avons parmi nous le Maître des Sgurzs. »
«  - Ouais, et ces enfoirés nous ont bien fait chier, mais maintenant ils sont tous morts.  Pas vrai, Jaune ? » lance tornade bleu à l’intention du blond.
« - C’est bien vrai. Et si on lui faisait sa fête à ce connard ? » demande le blond en se mettant devant la cape bleue nuit pour lui barrer le passage, celle-ci s’étant immobilisée depuis quelques minutes déjà pour les écouter sans rien dire.
« - Vas-y Jaune, défonce le ! » encourage le maigrichon.

Mais avant que son adversaire puisse esquisser le moindre geste hostile, la canne en bois du vieillard se redresse pour frapper l’intimité de son adversaire qui se plie en deux, grimaçant, les mains sur le principal intéressé, le poing du Maître s’abat alors sur l’arrière du crâne du bandit pour terminer de le mettre à terre.

Frappés de stupeur le reste du groupe fini par se précipiter sur leur victime de ce soir, laissant la cape se retourner pour leur faire face durant ce laps de temps, il lève un bras dont s’échappe une tige en acier semblable à un carreau d’arbalète de petite taille, plus fin mais se terminant en pointe qui fuse directement dans l’œil de Bleu, le paralysant de douleur, les mains sur son visage qui verse abondamment son liquide vital.
Rouge contourne son adversaire et lui immobilise les bras tout en le forçant à lâcher sa précieuse canne, tandis que Vert lui balance un coup de poing dans l’abdomen.

Le poing de Vert-le-moqueur vient rencontrer de l’acier sous la cape de Maître Sgurz, au vu du bruit provoqué et du gémissement de surprise de celui-ci. La cible de l’attaque en profite pour balancer sa tête vers l’arrière, fracassant le nez de Rouge dans un craquement osseux des plus représentatifs, et frappe de nouveau vers l’avant, abattant son masque en fer en plein sur le front de Vert, le plongeant à terre complètement assommé et le nez à son tour brisé.

Maître Sgurz abat sa jambe libre vers l’arrière, envoyant son pied en plein dans le visage déjà meurtri de Rouge qui reprenait ses esprits, campé sur son arrière train. Rouge fini à terre, sa tête cogne violemment un pavé, le mettant totalement hors d’état de nuire à son tour.
C’est alors que oublié par tous, Blanc le maigrichon profite de la mêlée pour se jeter sur l’opposant, et enfonce sa dague de mauvaise qualité dans le ventre de l’adversaire qui pousse un gémissement étouffé par le métal. Les deux adversaires se battent au sol, mais Sgurz fini par reprendre l’avantage sur Maigrichon à l’aide d’un coup de poing métallique au visage, laissant malgré tout quelques forces dans la bataille, suffisamment pour laisser à Jaune le temps de se remettre et de lui asséner un coup puissant en pleine poitrine, qui eut pour effet de lui couper la respiration, protections ou non. Après quelques coups de pieds bien sentit dans les cottes et sur le ventre déjà meurtri de son ennemi du moment, Jaune saisit à la gorge son adversaire pour l’étrangler, chose qui sera alors sa dernière erreur, puisque Maître Sgurz plonge une lame qui semble sortit tout droit de son bras toujours invisible pour l’heure, en pleine poitrine de son opposant, puis il enfonce ses doigts dans les yeux de sa victime pour le mettre définitivement à terre.

J’ai analysé attentivement le combat, Maître Sgurz est un homme blessé et âgé avec des réflexes absolument dignes d’un jeune homme. Il n’est clairement pas humain. Je vais devoir m’en méfier, mais dans son état je devrais pouvoir l’interpeller.

Je quitte alors ma cachette de fortune, tire mon insigne à la brandit devant la cape bleu nuit à peine relevée, dont le sang des ennemis vient maintenant rougir quelque peu le masque, et le sien teinter sa cape.

« Inspecteur Myaouh, Maître Sgurz rendez-vous ! Je vous arrête pour vos différents crimes, veuillez me suivre. »
La respiration de mon opposant est rauque, il est blessé, diminué, vient de combattre. Mais il semble plus en forme que moi, je dois bien l’avouer, j’ai peur.

Je jette quelques regards autour de moi, inutile de chercher de l’aide ici, le groupe de brigands est décimé, ses membres sont soient morts, blessés ou encore trop assommés pour intervenir. Je suis Seul.

Le criminel me tend alors ses deux bras, l’un des deux est toujours recouvert par sa cape, l’autre est, je peux le voir, désormais, entièrement mécanisé et métallisé, doté de griffes. Le chef d’œuvre d’un tinymony à n’en pas douter.

« - Je me rend, Inspecteur. » déclare l’individu à travers son masque.

Je n’ai aucune confiance en lui, je dégaine et m’en approche, je baisse rapidement les yeux vers une sphère métallique qu’il a laissé tomber et me jette contre le mur, c’est sans doute une bombe. La sphère provoque une épaisse fumée qui se répand rapidement autour de nous, et commence à faire pleurer mes yeux, et me faire tousser, je m’éloigne de la fumée, en crachant mes poumons, et lui ordonne tant que je peux de revenir. Je contourne le bâtiment, tente de suivre les traces, l’odeur. Plus rien.

C’est ainsi que j’ai perdu la trace du Maître Sgurz.

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